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LE MONDE | 30.04.2012 à 11h55 • Mis à jour le 30.04.2012 à 11h55
"Mes fils n'aiment pas la révolution syrienne. Ils craignent que je retourne en prison", confie Raghdah Hassan dans un étrange sourire. C'est avec eux que cette militante de 40 ans avait fui la Syrie pour Beyrouth, en octobre 2011, pour des raisons de sécurité. Mais c'est seule que l'ancienne détenue politique est repartie à Damas, en février, où elle vit dans la clandestinité. "Nous avons attendu quarante ans ce moment, où le régime peut tomber. La révolte est ma priorité", explique-t-elle de passage à Beyrouth, en fumant cigarette sur cigarette.
Son mari, Amer Daoud, n'est pas d'accord. Militant palestinien, cet artiste en veut à ce soulèvement dont il a tant espéré, et qui lui laisse un "sentiment de gueule de bois : il y a eu tellement de morts. Sur le terrain, les islamistes sont plus nombreux, les laïcs affaiblis". Raghdah Hassan objecte: "Je n'aime pas parler mal de la révolte. Parmi les manifestants, la plupart ne veulent pas d'un Etat religieux, mais d'un Etat de droit et de diversité".
Originaire de la région de Lattaquié, la militante appartient à la minorité alaouite, cette branche dissidente du chiisme, dont est issu le clan Assad. Pour elle, "les alaouites ne sont pas menacés par la révolte. Ce qui les expose, c'est de se tenir à l'écart ou de s'opposer au soulèvement." Fin mars, elle a lancé avec d'autres militants un nouveau collectif : l'Organisation des jeunes de la liberté. Un de plus, diront ceux qui déplorent les rivalités entre activistes syriens. Leurs objectifs : renforcer les actions de désobéissance civile pacifique (sit-in, grève…) et encadrer les opérations de l'Armée syrienne libre (ASL), pour limiter la militarisation de la contestation.
"PROPAGANDE DU RÉGIME"
Raghdah Hassan n'est pas aussi célèbre que l'écrivaine Samar Yazbek, alaouite comme elle, ou la militante des droits de l'homme Souhair Atassi, toutes deux réfugiées en France. Elle se définit comme une "laïque, restée un peu marxiste". Son appartenance au Parti d'action communiste, clandestin, lui avait valu son premier emprisonnement (1992-1995). Dans les geôles syriennes, elle avait rencontré son futur mari.
De cette histoire d'amour entre deux prisonniers politiques, Raghdah Hassan a fait un roman, jamais publié, dont le manuscrit a été confisqué par les services de sécurité en février 2010. La militante, qui tient alors un commerce à Lattaquié, est à nouveau arrêtée. Elle devait faire passer au Liban les résultats d'une enquête sur les droits de l'homme en Syrie. Amnesty International se mobilise pour sa libération.
Quand la révolte commence, elle fait partie des détenus pour lesquels des militants des droits de l'homme lancent l'une des premières manifestations à Damas, en mars 2011. Libérée en juin, elle rejoint les rangs de la révolte. Aujourd'hui, elle hésite à parler d'un risque de guerre civile : "C'est la propagande du régime." Elle s'inquiète pourtant : "Tous les ingrédients sont là pour qu'on bascule dans la guerre. Il faut l'éviter à tout prix."




